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338 Les Spectacles dc la Foire.
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aussi son mérite. Ce paillasse qui se nommait le père Rousseau s'était fait une réputation en chantant en plein air :
C'est dans Ia ville de Bordeaux Qu'est z'arrivé trois gros vaisseaux., Les matelots qui sont dedans, Ce sont, ma foi I de bons enfans.
« J'en ai vu les débris, moi, de ce bon gros paillasse et je me suis courbé respectueusement devant lui. Je puis affirmer que jamais paillasse ne fut plus drôle, ni plus complet ;.ce n'était pas le visage pâle et blême de Deburau, ce n'était pas son jeu savant et grave, ni ses poses artistiques, ni ses clignements d'yeux si expressifs. C'était une figure pleine, rouge, bourgeonnée; c'était lagaité du peuple dans tout son débraillé.Impossible de ne pas rire comme un fou du roi en voyant ses grimaces, en entendant sa voix rau-que et brisée ; il jouait ses chansons comme Deburau ses pantomimes ; car mon paillasse était aussi un grand acteur. Ne croyez pas qu'il répétait comme un élève du Conservatoire; non, il mettait dans son débit de l'esprit, du mordant ; sa physionomie était d'une mobilité surprenante. Je gage que s'il vivait encore, il serait à la hauteur de l'époque et que la littérature capricieuse qui nous fait un grand homme chaque matin en déjeunant chez Tortoni ou au café de Paris, aurait trouvé autant de drames dans mon paillasse qu'elle en a trouvé dans Deburau. Combien j'étais heureux quand, les poches pleines de marrons et de châtaignes, le vieux père Mottet, notre bon précepteur, nous conduisait, les quintidis et les décadis, au jardin de l'Arsenal et nous permettait de faire une halte devant le Théâtre des Pantagoniens (1). Nous restions des heures entières à contempler le père Rousseau, ce paillasse clas-
(1) Nous empruntons à VHistoire des marionnettes de M. Magnin, p. I7s,"lcs détails qui suivent sur ce .théatre : .. C'est ainsi que s'éleva en 1793, sous 1- ->trc -c Théâtre des Pantagoniens, un spectacle dc grandes marionnettes très-habiles pour lessurpriscs. On cite entre autres 1es transformations d'un procureur dont chaquc membre s'animait tour a tour pour former autant de clients. Les Pantagoniens jouèrent encore le Grand festin de Pierre, ct a la foire Saint-Germain, dans une salle nouvellement bâtie dite le Théâtre de la République, ils donnérent les Métamorphoses d1 Arlequin et les Métamorphoses de Marlboroug ; puis, les foires supprimées, ils allé/ent sc loger sur le boulevard du Temple. -
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